Par Frédéric Pajak - 336 p. - 2000
Chaque page est illustrée en Noir
& Blanc.
QUICONQUE éprouve un jour un chagrin d'amour
sera anéanti à jamais.
Et, si ce chagrin d'amour I'anéantit, c'est que sa vie l'était déjà. Enfin, s'il est
anéanti, il cherchera à revivre cet anéantissement toute sa vie. Ainsi pourrait se
présenter cette émotion excessive, qui ressemble si étrangement au deuil. Pourtant, à y voir de
près, ce grand malheur est capable de petits stratagèmes, de palliatifs et de
ruses.
Entre
I'autobiographie et la biographie, évoquant ses propres plaisirs et ses chagrins
amoureux, l'auteur se souvient de Guillaume Apollinaire, le mal-aimé, et des
lettres qu'il écrivit chaque jour sur le front de la Grande Guerre. Les unes furent
adressées à Lou, qui ne l'aimait plus, les autres à Madeleine, qui I'aimait
déjà. Et
Apollinaire les aima toutes les deux, lui qui, du fond de la tranchée où il
était engagé volontaire, tenait résolument tous les rôles : soupirant éconduit
et séducteur, anarchiste apatride et patriote, poète érudit et poilu grivois. Son théâtre, ce fut la
guerre, et la guerre était d'abord à ses yeux un gigantesque drame érotique, un
drame où la sensualité se montrait aussi fiévreuse qu'elle était
impossible. Ici,
Apollinaire allait exacerber les sentiments violemment contradictoires qui
furent les siens, et avant tout le chagrin d'amour, son maître absolu, lyrique
et mélancolique, moqueur et démesuré, qui imprègne les pages de ce livre. On y rencontre Emily
Dickinson, Catherine II, Stendhal, Pablo Picasso, Marcel Duchamp, Francis
Picabia, Piet Mondrian et tant d'autres, actrices et acteurs amoureux ou
malheureux d'un huis clos où le texte donne la réplique à prés de trois cents
dessins.